Excédents de papiers cartons à recycler (pcr) et surplus d’emballages produits : risque-t-on une surproduction ?

Source l’Usine Nouvelle - Publié le 24/06/2020

Reprise de l’ancienne usine d’Arjowiggins de Bessé-sur-Braye (Sarthe) par Paper Mills Industries, conversion de l’une des machines à papier journal de l’usine Norske Skog de Golbey (Vosges)… L’actualité est riche dans le secteur du papier-carton, qui souffrait, avant le confinement, de surplus de matières à recycler. Une situation qui s’aggravera avec l’arrêt de la papeterie UPM Chapelle Darblay (Grand-Couronne).
Jan Le Moux, directeur économie circulaire et politiques publiques de l’Union française des industries des cartons, papiers et celluloses (Copacel), décrypte les enjeux de ce marché, dont la production a baissé de 7 % entre 2018 et 2019 en France.

L’Usine Nouvelle. - Que vous inspire la conversion d’une machine à papier en unité dédiée au carton ?

Jan Le Moux – Cela montre bien qu’il y a une baisse de production du papier journal et la montée du carton d’emballage. Le fait d’avoir une usine qui va consommer du carton à recycler permettra d’absorber une partie de l’excédent. Autre bonne nouvelle, on comprend que les approvisionnements en papier 1.11 issu de la collecte sélective seront maintenus au même niveau.

Comment la France s’est-elle retrouvée avec autant d’excédents de papiers et cartons à recycler (PCR) ?

Sur l’emballage, la Chine a fermé ses frontières aux importations de déchets. Or, l'Europe achète des produits emballés dans du papier-carton qui viennent de Chine, qui jusqu’à présent récupérait ces emballages pour en produire de nouveau. Ils ont interrompu cette boucle mondiale et on s’est retrouvé avec un excédent de PCR qui devaient retourner en Chine et qui n’y vont plus. Les capacités de production en Europe ne sont pas suffisantes pour les absorber. Donc, cela engage le débat sur la relocalisation de la production des biens ménagers que nous importons de Chine.

Des entreprises sont amenées à fermer périodiquement des unités de production et doivent faire des arbitrages en fonction de différents paramètres (coûts de production, localisation, outil industriel existant…). Quand une usine qui produit 200 000 à 300 000 tonnes arrête de produire du papier journal, cela représente une marche importante et pendant une période d’ajustement, la collecte est supérieure aux besoins de recyclage. Ce qui explique la situation d’excédent pour le papier journal, notamment issu des collectivités locales.

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Quel sera l’impact du déconfinement ?

On va revenir, dans une certaine mesure, à la situation antérieure à la crise. Il y aura peut-être une baisse de la consommation. Pour le papier journal, la crise et la chute de Presstalis ont extrêmement fragilisé ce secteur. Chez les imprimeurs, il risque d’avoir un craquement assez brutal de cette filière. Toute la presse écrite serait fragilisée.

De nombreuses unités de production dédiées à l’emballage doivent voir le jour en Europe ; au risque d'une surproduction ?

Sur une période longue, la part de marché du papier graphique a diminué, et celle de l’emballage a augmenté. La partie emballage est plutôt stable et en progression régulière. Toutefois, nous allons devoir affronter une violente crise économique. Certaines entreprises repenseront peut-être certains projets d’investissement. Il y a un risque, de fait, de surproduction d’emballages au niveau européen.

Pour autant, les nouvelles lignes permettront d’absorber une partie des excédents européens de cartons à recycler. Toutefois, si la production de biens manufacturés s’effectue toujours en Chine, le fond du problème ne changera pas. Si nous ne produisons pas nos propres téléviseurs, téléphones… on se retrouvera structurellement avec des stocks sur les bras. On peut imaginer de manière hypothétique que certains acteurs produisent des bobines, mais la distance par rapport à la Chine pénalisera l’Europe. Dans le contexte économique actuel, c’est plus simple aux Etats-Unis.

Qu’en est-il du secteur des papiers d’hygiène, remis en avant avec la crise sanitaire ?

Le secteur de l’hygiène, plus petit, lui aussi est en croissance. Mais la partie de recyclé dans l’hygiène est minoritaire, et correspond à quelques sortes supérieures de papier bureautique ou d’imprimerie très propre. Les mélanges sont trop encrés. Il faut des qualités de papiers assez élevées. Ils ne consomment pas non plus de cartons. C’est inadapté pour les PCR.

Toutefois, en termes de stratégies d’entreprise, la population vieillit, les naissances continuent… On a toujours besoin de papier d’hygiène. Il n’y a pas à opposer le recyclé et le vierge. Des sous-produits de la filière bois, telles les chutes de scieries ou des bois d’éclaircie, sont utilisés