Comment les cahiers oxford et ses salariés ont pris le virage du numérique

Source: leparisien.fr publié le 07/09/2022 par Nicolas MAVIEL

S’adapter et innover pour continuer de vivre. C’est le défi relevé par le numéro un européen des produits de la papeterie, le français Oxford. Reportage Le Parisien.
Caen (Calvados), à deux pas de l’autoroute A13 et à l’ombre de l’énorme centre hospitalier. Des bâtiments abritent le siège du groupe Hamelin, 400 millions de chiffre d’affaires pour 3000 collaborateurs, propriétaire notamment d’Oxford, marque leader en Europe du marché de la papeterie. Particulièrement impressionnant, un immense hangar dans lequel le bruit est omniprésent, comme la chaleur, mais où tout est réglé comme du papier à musique.

Chaque lieu possède sa spécificité. Ici les rouleaux, là les encres, puis le stock de fils métalliques ou encore les couvertures carton ou plastique, sans oublier les chaînes de production et les rotatives.

Des rotatives, des rouleaux de papiers, de l’encre ? Vous avez bien lu. Mais non, vous n’êtes pas dans une imprimerie de presse mais bel et bien dans l’usine tricolore de production des cahiers Oxford. Des produits qui ont envahi les rayons des grandes surfaces depuis le début du mois de juillet et l’apparition des premières listes scolaires. En ce mois de septembre, c’est encore la course aux fournitures pour les retardataires.

Le cahier, c’est LE produit des rentrées. Celui que les enfants désirent choisir, que les enseignants désignent avec petits ou grands carreaux. Mais aujourd’hui, le cahier n’est plus… Un simple cahier. Une évolution, voire une petite révolution, due à l’invasion du numérique dans nos vies depuis 20 ans mais surtout ces dernières années.

À l’heure où collégiens, lycéens et étudiants sont dotés de téléphones portables et d’ordinateurs pour travailler, il a fallu qu’Oxford s’adapte. « Notre première arrivée dans le numérique, c’était en 2001 avec la technologie du stylo électronique qui filmait tout ce que l’on écrivait sur un cahier spécifique. Le premier pont jeté entre le papier et le numérique », attaque Christophe Girard directeur marketing et salarié du groupe familial depuis… 20 ans.

Mais le « kit », à 250 euros, n’a séduit que les geeks. Tout a finalement évolué en 2017 avec l’apparition des iPhone et des smartphones fonctionnant sous Android.

Formation au digital et à ses enjeux

Oxford, fondé en 1916 à Angoulême par la famille Laroche-Joubert, et racheté en 1982 par Hamelin, trouve un compromis entre les smartphones et l’activité traditionnelle liée aux cahiers avec son application SOS notes en 2014, puis Scribzee depuis 2017, sa version améliorée. « Pour réussir, nous avons connu deux évolutions essentielles en termes d’emploi. La première en misant sur la qualité en formant nos salariés, en les faisant monter en compétences en interne, et de l’autre en travaillant, toujours en interne, sur la numérisation de nos produits », détaille le directeur.

En primaire, au collège et au lycée, le cahier reste roi. Pas un cours sans sortir le précieux objet. Mais pour les études supérieures, les ordinateurs portables ont envahi les amphithéâtres. Dans ce contexte où le digital prend une ampleur sans précédent, comment concilier tradition et modernité et faire survivre un produit, le cahier, tout en sautant dans le train du numérique ?

Une application est venue sceller l’union des deux. Chez Oxford, Scribzee permet aujourd’hui aux collégiens, lycéens ou étudiants de numériser leurs cours via leur smartphone, de les stocker sur un cloud sécurisé et donc de pouvoir les consulter partout sur leur téléphone portable.

« L’intérêt est d’avoir ses notes en permanence avec soi, rebondit Christophe Girard. En 2022, nous avions plus de 17 millions de pages stockées sur notre cloud et notre application a été téléchargée par presque 5 millions d’utilisateurs dont plus d’un million l’utilise régulièrement. » Et d’enchaîner : « Scribzee est destinée a tout ceux qui ont un examen car ils y ont toutes leurs notes. Ils peuvent même programmer des notifications pour les révisions ».

Une innovation dont n’est pas peu fière Louise Jackson. Cette quinquagénaire, d’origine anglaise, rentrée dans le groupe Hamelin il y a 15 ans, est l’une des personnes à l’origine de Scribzee. « J’étais cheffe de produit et, en 2016, la direction cherchait quelqu’un pour s’occuper de ce projet. Dans le passé, j’ai travaillé pour un fournisseur d’accès Internet, le Web et son univers ne m’étaient pas inconnus, confie-t-elle. J’ai eu l’opportunité de me réinventer et de me voir confier un projet stratégique avec cette application. Nous préparons d’ailleurs une refonte majeure pour aider encore plus les étudiants dans leurs révisions. Chez Oxford, quand on a une idée, une bonne idée, qu’on le démontre, on nous dit de foncer. L’esprit est très ouvert. À tel point que je travaille aussi désormais au développement de notre présence aux États-Unis. »

Autre possibilité, les fiches Flash 2.0. Là encore, vous pouvez « scanner » vos documents avec, sur le recto, une question que vous avez choisie, et sur le verso, la réponse que vous devez mémoriser. Vous pouvez ainsi constituer, grâce à l’application, une sorte de Trivial Pursuit.

L’objectif : s’amuser tout en apprenant « par cœur ». Le site Web de la marque propose aussi des conseils et des vidéos pour mieux réviser. « Notre souhait est d’être le compagnon d’apprentissage, le mentor des collégiens, lycéens ou étudiants », conclut Martial Ardant directeur général du groupe Hamelin.

Veiller à la conformité du produit phare

Quelques mètres plus loin, dans l’usine, une salariée prélève des fameux « cahiers numériques ». Plusieurs exemplaires toutes les heures pour vérifier que les codes aux quatre coins des pages sont correctement imprimés. Autant d’éléments qui vont faciliter la vie des étudiants et impliquent en amont une évolution du métier : il ne s’agit désormais plus uniquement de surveiller une chaîne de production mais aussi de veiller à la conformité du produit phare. L’enjeu est de taille car la lutte est acharnée entre les différents acteurs du secteur.

« Le nombre de salariés n’a pas bougé ces dernières années, souligne Martial Ardant directeur général du groupe. Nous avons su évoluer car nous avons énormément segmenté le marché et proposé le cahier idéal pour chaque cible justement. »


Oxford pour la qualité supérieure et l’international, Conquérant pour l’entrée de gamme, uniquement en France, notamment. Une stratégie payante car désormais, Oxford et les grands noms de la papeterie consolident leurs positions face aux marques des distributeurs.