L'année intense du géant suédois des papiers d’hygiène essity

Source: Lu dans Les Échos le 02/06/2026

De passage à Paris à l'occasion de Choose France, Ulrika Kolsrud, la patronne d'Essity, vient de fêter sa première année à la tête du groupe. Le propriétaire de Nana, Lotus ou Tena opère une revue stratégique de sa division « Consumer Tissue ».


Un an pile après sa prise de fonctions, Ulrika Kolsrud a imprimé sa marque à la tête d'Essity. Le groupe suédois, propriétaire notamment de Nana, Lotus, Tena, Tork ou Okay, multiplie les chantiers et revient à Choose France, où 110 millions d'euros d'investissement avaient été annoncés.

Cette fois-ci, Essity n'y fait pas d'annonce majeure. Mais en 2025 et 2026, quelque 74 millions ont été injectés, notamment dans de nouvelles lignes de production pour Lotus et Tork, une augmentation des capacités pour les bandes adhésives destinées aux sportifs, ainsi que dans des chaudières à biomasse pour décarboner ses sites de Kunheim en Alsace et de Theil-sur-Huisne dans l'Orne.

La France est le cinquième marché du groupe, qui y réalise des ventes de 1,1 milliard d'euros, avec 2.500 employés pour huit implantations, dont six sites industriels. A l'échelle mondiale, l'entreprise pèse près de 13 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Et la PDG a décidé d'accélérer le pas grâce à une organisation plus « décentralisée ».

Un programme de réduction des coûts a ainsi été lancé fin 2025, visant jusqu'à 1 milliard de couronnes suédoises (environ 93 millions d'euros) d'économies annuelles, effectives d'ici à la fin de l'année. Il porte à la fois sur les frais généraux et les coûts de production, avec des suppressions de postes attendues, sans chiffrage précis à ce stade.

« Toutes ces économies seront réinvesties dans nos marques et notre croissance, par exemple dans l'innovation », assure Ulrika Kolsrud, qui connaît bien la maison, pour y avoir évolué durant une trentaine d'années. Le digital s'invite ainsi de plus en plus dans la partie. A l'image de Tena SmartCare Identifi qui permet aux soignants ou aux aidants familiaux de mieux mesurer l'incontinence des personnes âgées et les besoins de changement de leur protection grâce à des capteurs installés sur les protections assurant un suivi sur 72 heures.

« Les consommateurs français, qui apprécient les marques, accueillent d'ailleurs très bien les innovations », ajoute Ulrika Kolsrud. Le marché hexagonal a ainsi été très réactif au lancement récent de culottes menstruelles pour adolescentes « zéro fuites ».

En parallèle, la dirigeante a engagé une évaluation de la composition du portefeuille d'activités. Le groupe a ainsi lancé une « revue stratégique » de sa division « Consumer Tissue » (Zewa, Lotus, Cushelle, Regio…), qui représente 31 % des revenus, mais reste une activité gourmande en capitaux et à la rentabilité moins importante que les autres segments dans lesquels l'industriel est présent.

« Cela n'a rien à voir avec des économies de coûts. Il s'agit davantage de disposer à l'avenir de la meilleure composition de portefeuille possible et de veiller à ce que l'activité «Consumer Tissue» soit dans les meilleures conditions pour développer son plein potentiel », précise-t-elle. Tout est sur la table : cession totale ou partielle, spin-off, voire conservation de l'activité. L'entreprise se donne six à douze mois pour prendre une décision.

Essity reste aussi actif sur le front des acquisitions. Après le rachat des activités nord américaines d'Edgewell dans l'hygiène féminine en novembre 2025, le groupe n'exclut pas de nouvelles opérations, en ciblant en priorité les segments les plus rentables : hygiène féminine, incontinence, soins des plaies et activités professionnelles.

Le vieillissement de la population constitue, à cet égard, un levier de croissance. Aujourd'hui, 20 % de l'activité du groupe est liée à l'incontinence, contre seulement 5 % pour les soins pour bébés. « En outre, les gens font de plus en plus attention à leur bien-être et à leur santé », estime Ulrika Kolsrud.